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Les sites web ne mourront pas, ils cesseront d’être la porte d’entrée
Les sites web ne vont pas disparaître. Ils perdent leur rôle de porte d’entrée. C’est la thèse que Liad Yosef, co-créateur de MCP Apps, a défendue à AGNTCon + MCPCon Europe : les assistants personnels deviennent le principal point d’entrée du web, et le site devient une surface parmi d’autres.
Je venais de passer deux semaines à rendre ce site lisible par les agents, alors cette phrase m’a arrêté net. Puis les données de son étude ont touché mon propre site de plein fouet.
Ce qu’il a vraiment dit
La conférence s’intitule MCP Apps and the agentic web, dans le même livestream que la keynote de Dex Horthy dont j’ai parlé dans la note sur l’usine logicielle. La phrase :
Il se pourrait que les sites web et les navigateurs perdent leur place de principal point d’entrée du web.
Il ne dit pas que le web meurt. Il le compare au mobile. L’ordinateur n’a pas disparu, mais les réseaux sociaux sont passés sur le téléphone et y sont restés. Personne n’ouvre Instagram sur son ordinateur. Son pari : une grande partie de ce que nous faisons sur les sites web passera aux agents de la même façon, et y restera.
Comme preuve, il a cité des entreprises qui bougent déjà : Sentry, qui vise désormais les agents en priorité (un an après que son CPO lui a parié que les sites web existeraient encore dans 25 ans), Salesforce, qui passe en headless, et DoorDash, qui sort une CLI. Il a aussi rapporté que, selon Cloudflare, le trafic des bots a dépassé le trafic humain plus vite que prévu.
Un site web sert à dire à une entreprise ce que vous voulez
C’est là que tout s’est éclairé pour moi. Quand vous arrivez sur booking.com, le site ne sait pas si vous voulez réserver un hôtel, déposer une réclamation ou vous connecter. Toute l’interface existe pour que vous puissiez exprimer cette intention à l’entreprise.
Si vous avez déjà dit à votre assistant ce que vous voulez, il n’a pas besoin de parcourir un site à coups de clics pour transmettre cette intention. Il peut simplement appeler l’entreprise.
Reste ce qu’il appelle le dernier kilomètre. Certaines choses sont pénibles à faire en texte : choisir une place dans une salle, consulter un agenda. C’est là qu’interviennent les MCP Apps. Un serveur MCP ne renvoie pas seulement des données, il peut envoyer dans la conversation un morceau de sa propre interface interactive.
Tout le monde y gagne. Ticketmaster garde sa marque, et vous savez déjà utiliser son plan de salle. L’assistant n’a pas à en inventer un : l’expert du domaine fournit le sien.
Son exemple : organiser un anniversaire. Au lieu de 20 onglets, l’assistant vous montre un extrait de Google Calendar, puis un extrait d’Amazon, et vous ne quittez jamais la conversation. Les apps ne maîtrisent plus le parcours utilisateur. Il ne leur reste que le dernier kilomètre. Il appelle ça le web presque headless.
MCP Apps a démarré il y a moins d’un an sous le nom de MCP-UI, qu’il a construit avec Ido Salomon. Anthropic et OpenAI se sont ensuite mis autour de la table avec eux pour en faire la spécification MCP Apps, publiée en janvier.
À chaque catégorie son assistant
Pour Liad, ceux qui le ressentent en premier se rangent sur un spectre. Les agents de code ont déjà changé la façon dont on choisit les outils de dev : si votre agent se tourne vers Supabase, MongoDB ou Sentry, leur activité monte, et sinon, elle baisse. Les apps de chat comme Claude, ChatGPT et Gemini font la même chose au SaaS B2B, avec des gens qui utilisent Salesforce depuis leur app de chat.
La prochaine vague, ce sont les assistants grand public qui se généralisent. Celle-là touche dix fois plus d’entreprises, les Walmart et les Target. Les gens arrêtent de parcourir une boutique et demandent à leur assistant d’acheter l’article, et l’assistant se soucie peu de la boutique d’où il vient.
En cours
Agents de code
Outils de dev
Choisis par l’agent, ou pas choisis du tout.
En cours
Claude, ChatGPT, Gemini
SaaS B2B, productivité
Salesforce, utilisé depuis une conversation.
Ensuite
Assistants personnels
Apps grand public, e-commerce
Dix fois plus d’entreprises.
La nouvelle UX, c’est AX plus UAX
Il coupe l’expérience utilisateur en deux.
UX=AX+UAX
AXcomment un agent vit votre produit
UAXcomment un humain vit cet agent
Il y a toujours un humain au bout de la chaîne, donc les deux moitiés comptent. Et ça veut dire être prêt pour les agents sur tous les fronts à la fois. Il vous faut toujours un site web, désormais visité par des personnes et par des agents de navigateur. Il vous faut aussi un endpoint MCP, visité par l’agent IA de l’utilisateur ou par l’agent de l’app qui travaille pour lui.
Les agents ne sont fidèles à aucune marque
Mon histoire préférée de la conférence. Quand son équipe a choisi un outil d’analytics, elle voulait Mixpanel, qu’elle utilisait depuis dix ans. Claude Code poussait sans cesse PostHog, parce que son serveur MCP et son API étaient plus simples à utiliser. L’équipe est partie sur PostHog.
Ce que l’équipe voulait
Mixpanel
10 ans d’utilisation
mieux classé sur Google
Ce que l’agent a choisi
PostHog
meilleur serveur MCP
API plus simple à utiliser
En prodDix ans d’UX et d’expérience développeur, perdus parce qu’un agent s’en sortait mieux ailleurs. Et Mixpanel est mieux classé sur Google.
C’est ce qui ne me quitte plus. Les intégrations e-commerce, c’est mon métier, et cette prochaine vague vise pile mon monde : si les gens demandent à un assistant d’acheter quelque chose au lieu de parcourir une boutique, ce que la boutique propose aux agents devient sa vitrine.
Le chiffre qui a touché mon propre site
L’entreprise de Liad, Ora, mesure à quel point les sites web sont prêts pour les agents. Ora le note sous forme d’une boucle de cinq vérifications, dans l’ordre où un agent tombe sur vous, et l’authentification pèse le plus lourd : 30 points sur 100.
C’est dans cette première case que se trouve le constat sur llms.txt. Ora a scanné des dizaines de milliers de sites, et environ 50 % publient un llms.txt.
Puis l’équipe a lancé des milliers de vraies sessions d’agents sur ces sites. Les agents ne cherchaient pas llms.txt. Ils allaient droit à la doc et à la page d’accueil, et ne lisaient llms.txt que lorsque la doc les y envoyait.
Je suis donc allé voir le mien. heybrahim.com a un llms.txt, un llms-full.txt, un profile.json et un serveur MCP à l’adresse api.heybrahim.com/mcp. Voici le chemin qu’un agent doit suivre pour trouver ce serveur :
La page d’accueil, là où les agents arrivent vraiment, n’a que de petits liens en pied de page : llms.txt, profile.json et un lien intitulé « MCP » qui mène à une autre page. Aucun n’affiche l’URL, et profile.json ne la contient pas non plus. Le fichier qui la donne le plus clairement est justement celui que les agents sautent, d’après ses données.
$ curl -sI https://heybrahim.com/.well-known/ai-catalog.json | head -1
HTTP/2 404
La solution qu’il met en avant vise précisément cette 404. Il a présenté deux standards émergents qui s’empilent l’un sur l’autre.
Le premier standard, c’est /.well-known/ai-catalog.json : un seul fichier sur votre domaine qui liste tous vos points d’entrée pour agents, serveurs MCP, OpenAPI, GraphQL, A2A, peu importe. Un agent qui arrive sur votre domaine n’a pas besoin de lire votre doc pour trouver l’URL MCP.
Le catalogue suppose quand même que l’agent atteigne d’abord votre domaine, et aujourd’hui, ça passe par la recherche web. Agentic Resource Discovery (ARD) comble ce manque. C’est un standard pour les annuaires : l’agent demande « un service d’e-mail » à un registre, le registre classe ce qu’il connaît et désigne un domaine, puis le catalogue de ce domaine fait le reste. Son exemple, c’était l’annuaire de Stripe. Ora en tient un aussi, construit à partir des catalogues de 70 000 domaines scannés.
ai-catalog.jsonAnthropicOpenAIGoogleMCP
ARDGoogleMicrosoftNVIDIAGoDaddySalesforce
Google a annoncé la spécification ARD avec des partenaires du secteur, et AWS a écrit sur sa prise en charge.
Mise à jour, le jour même : j’ai corrigé ma propre 404. heybrahim.com sert désormais /.well-known/ard.json, le chemin qu’utilise la spécification ARD depuis la v0.91, et garde ai-catalog.json sous l’ancien nom cité dans la conférence. Chaque page y renvoie avec rel="ard", robots.txt a une ligne Agentmap, et le pied de page affiche enfin l’URL MCP.
Où je me situe
Je ne pense pas que mon site disparaisse. Les gens lisent encore un portfolio. Mais j’ai construit le côté agents en devinant ce que veulent les agents, et tout l’argument de Liad, c’est d’arrêter de deviner et de les observer.
Deux de mes prochaines étapes sont déjà faites : le catalogue est publié et l’URL MCP est sur chaque page. Il reste celle par laquelle Liad commencerait : lancer de vrais parcours d’agents sur le site et voir quel chemin ils prennent.
Regardez le passage où il fait ce pari. Et si vous lancez votre agent sur heybrahim.com, dites-moi par quelle porte il est passé.
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