Brahim Bousnguar

Notes · Article

Les sites web ne mourront pas, ils cesseront d’être la porte d’entrée

Par · · 7 min de lecture

Les sites web ne vont pas disparaître. Ils perdent leur rôle de porte d’entrée. C’est la thèse que Liad Yosef, co-créateur de MCP Apps, a défendue à AGNTCon + MCPCon Europe : les assistants personnels deviennent le principal point d’entrée du web, et le site devient une surface parmi d’autres.

Je venais de passer deux semaines à rendre ce site lisible par les agents, alors cette phrase m’a arrêté net. Puis les données de son étude ont touché mon propre site de plein fouet.

Qui passe par la porte d’entrée Aujourd’hui, vous ouvrez un onglet de navigateur par entreprise et vous entrez par son site. Dans le web agentique, votre assistant appelle directement le serveur MCP de chaque entreprise, et seul un petit morceau d’interface à ses couleurs, comme un plan de salle, vous revient. vous apprenez chaque menu des appels, pas de clics le plan revient Vous Navigateurun onglet par entreprise Votre assistantconnaît déjà votre besoin Voyage Boutique Billetterie webMCP webMCP webMCP
Aujourd’hui : chaque entreprise est un site web. Vous ouvrez un onglet pour chacune et vous apprenez ses menus, rien que pour dire ce que vous voulez. Web agentique : votre assistant appelle chaque entreprise en coulisses. Le site est toujours là, mais on n’entre plus par lui. Seul le dernier kilomètre, comme un plan de salle, vous revient sous forme d’interface. D’après la conférence de Liad Yosef MCP Apps and the agentic web, AGNTCon + MCPCon Europe 2026. Changez d’onglet.

Ce qu’il a vraiment dit

La conférence s’intitule MCP Apps and the agentic web, dans le même livestream que la keynote de Dex Horthy dont j’ai parlé dans la note sur l’usine logicielle. La phrase :

Il se pourrait que les sites web et les navigateurs perdent leur place de principal point d’entrée du web.

Il ne dit pas que le web meurt. Il le compare au mobile. L’ordinateur n’a pas disparu, mais les réseaux sociaux sont passés sur le téléphone et y sont restés. Personne n’ouvre Instagram sur son ordinateur. Son pari : une grande partie de ce que nous faisons sur les sites web passera aux agents de la même façon, et y restera.

Comme preuve, il a cité des entreprises qui bougent déjà : Sentry, qui vise désormais les agents en priorité (un an après que son CPO lui a parié que les sites web existeraient encore dans 25 ans), Salesforce, qui passe en headless, et DoorDash, qui sort une CLI. Il a aussi rapporté que, selon Cloudflare, le trafic des bots a dépassé le trafic humain plus vite que prévu.

Un site web sert à dire à une entreprise ce que vous voulez

C’est là que tout s’est éclairé pour moi. Quand vous arrivez sur booking.com, le site ne sait pas si vous voulez réserver un hôtel, déposer une réclamation ou vous connecter. Toute l’interface existe pour que vous puissiez exprimer cette intention à l’entreprise.

Si vous avez déjà dit à votre assistant ce que vous voulez, il n’a pas besoin de parcourir un site à coups de clics pour transmettre cette intention. Il peut simplement appeler l’entreprise.

Reste ce qu’il appelle le dernier kilomètre. Certaines choses sont pénibles à faire en texte : choisir une place dans une salle, consulter un agenda. C’est là qu’interviennent les MCP Apps. Un serveur MCP ne renvoie pas seulement des données, il peut envoyer dans la conversation un morceau de sa propre interface interactive.

Une illustration des MCP Apps, pas un vrai produit : chaque service envoie son propre petit morceau d’interface dans la conversation, et vous ne quittez jamais l’assistant.

Tout le monde y gagne. Ticketmaster garde sa marque, et vous savez déjà utiliser son plan de salle. L’assistant n’a pas à en inventer un : l’expert du domaine fournit le sien.

Son exemple : organiser un anniversaire. Au lieu de 20 onglets, l’assistant vous montre un extrait de Google Calendar, puis un extrait d’Amazon, et vous ne quittez jamais la conversation. Les apps ne maîtrisent plus le parcours utilisateur. Il ne leur reste que le dernier kilomètre. Il appelle ça le web presque headless.

MCP Apps a démarré il y a moins d’un an sous le nom de MCP-UI, qu’il a construit avec Ido Salomon. Anthropic et OpenAI se sont ensuite mis autour de la table avec eux pour en faire la spécification MCP Apps, publiée en janvier.

À chaque catégorie son assistant

Pour Liad, ceux qui le ressentent en premier se rangent sur un spectre. Les agents de code ont déjà changé la façon dont on choisit les outils de dev : si votre agent se tourne vers Supabase, MongoDB ou Sentry, leur activité monte, et sinon, elle baisse. Les apps de chat comme Claude, ChatGPT et Gemini font la même chose au SaaS B2B, avec des gens qui utilisent Salesforce depuis leur app de chat.

La prochaine vague, ce sont les assistants grand public qui se généralisent. Celle-là touche dix fois plus d’entreprises, les Walmart et les Target. Les gens arrêtent de parcourir une boutique et demandent à leur assistant d’acheter l’article, et l’assistant se soucie peu de la boutique d’où il vient.

En cours

Agents de code

Outils de dev

Choisis par l’agent, ou pas choisis du tout.

En cours

Claude, ChatGPT, Gemini

SaaS B2B, productivité

Salesforce, utilisé depuis une conversation.

Ensuite

Assistants personnels

Apps grand public, e-commerce

Dix fois plus d’entreprises.

Chaque vague d’assistants devient le nouveau point d’entrée de toute une catégorie. Redessiné d’après la slide de Liad.

La nouvelle UX, c’est AX plus UAX

Il coupe l’expérience utilisateur en deux.

UX=AX+UAX

AXcomment un agent vit votre produit

UAXcomment un humain vit cet agent

Headless, mais avec un œil humain au bout. D’après la slide de Liad.

Il y a toujours un humain au bout de la chaîne, donc les deux moitiés comptent. Et ça veut dire être prêt pour les agents sur tous les fronts à la fois. Il vous faut toujours un site web, désormais visité par des personnes et par des agents de navigateur. Il vous faut aussi un endpoint MCP, visité par l’agent IA de l’utilisateur ou par l’agent de l’app qui travaille pour lui.

Prêt pour les agents sur tous les fronts Quatre types de visiteurs atteignent votre produit par deux surfaces. Une personne dans un navigateur et un agent de navigateur passent par l’interface humaine. L’agent IA de l’utilisateur et l’agent de l’app passent par l’endpoint MCP. Votreproduit UI humaine MCP Vous (navigateur) Agent navigateur Votre agent IA L’agent de l’app QUI VISITE PAR OÙ
Deux surfaces, quatre types de visiteurs. Redessiné d’après la slide « Agent ready, on all fronts » de Liad.

Les agents ne sont fidèles à aucune marque

Mon histoire préférée de la conférence. Quand son équipe a choisi un outil d’analytics, elle voulait Mixpanel, qu’elle utilisait depuis dix ans. Claude Code poussait sans cesse PostHog, parce que son serveur MCP et son API étaient plus simples à utiliser. L’équipe est partie sur PostHog.

Ce que l’équipe voulait

Mixpanel

10 ans d’utilisation

mieux classé sur Google

Ce que l’agent a choisi

PostHog

meilleur serveur MCP

API plus simple à utiliser

En prod
L’outil d’analytics sur lequel l’équipe de Liad a fini par partir, tel qu’il l’a raconté.

Dix ans d’UX et d’expérience développeur, perdus parce qu’un agent s’en sortait mieux ailleurs. Et Mixpanel est mieux classé sur Google.

C’est ce qui ne me quitte plus. Les intégrations e-commerce, c’est mon métier, et cette prochaine vague vise pile mon monde : si les gens demandent à un assistant d’acheter quelque chose au lieu de parcourir une boutique, ce que la boutique propose aux agents devient sa vitrine.

Le chiffre qui a touché mon propre site

L’entreprise de Liad, Ora, mesure à quel point les sites web sont prêts pour les agents. Ora le note sous forme d’une boucle de cinq vérifications, dans l’ordre où un agent tombe sur vous, et l’authentification pèse le plus lourd : 30 points sur 100.

Comment Ora note la préparation aux agents L’intention d’un utilisateur lance une boucle de cinq vérifications : découverte, 15 points, les agents peuvent-ils vous trouver ; identité, 20 points, les agents vous comprennent-ils ; authentification et accès, 30 points, les agents peuvent-ils s’authentifier ; intégration, 20 points, les agents peuvent-ils faire le travail ; expérience utilisateur, 15 points, les humains peuvent-ils vous utiliser au besoin. Puis la boucle revient à l’intention suivante. Une barre montre les poids sur 100, l’authentification étant le plus lourd. Besoin Découverte 15 pts Les agents vous trouvent ? Identité 20 pts Ils vous comprennent ? Auth et accès 30 pts Ils s’authentifient ? Intégration 20 pts Ils font le travail ? Expérience (UX) 15 pts Un humain peut vousutiliser au besoin ? POIDS, SUR 100 15Découverte 20Identité 30Auth 20Intégration 15UX
Les cinq vérifications sur lesquelles un agent tombe, dans l’ordre, et le poids de chacune. Redessiné d’après la slide de Liad sur la façon dont Ora note la préparation aux agents.

C’est dans cette première case que se trouve le constat sur llms.txt. Ora a scanné des dizaines de milliers de sites, et environ 50 % publient un llms.txt.

Puis l’équipe a lancé des milliers de vraies sessions d’agents sur ces sites. Les agents ne cherchaient pas llms.txt. Ils allaient droit à la doc et à la page d’accueil, et ne lisaient llms.txt que lorsque la doc les y envoyait.

La moitié du web publie un llms.txt, les agents l’ignorent le plus souvent Dix carrés, dont cinq pleins : environ la moitié des sites scannés par Ora publient un llms.txt. En dessous, le chemin que les agents ont vraiment suivi : de l’agent à la page d’accueil, puis à la doc. Le fichier llms.txt pend sous la doc par un trait en pointillés, lu seulement quand la doc y renvoie. SITES SCANNÉS PAR ORA AVEC UN LLMS.TXT ~50 % OÙ LES AGENTS SONT VRAIMENT ALLÉS Agent Accueil Doc llms.txt lu seulement quand la doc y renvoie
Les chiffres d’Ora tels que Liad les a donnés pendant la conférence : des dizaines de milliers de sites scannés, des milliers de sessions d’agents.

Je suis donc allé voir le mien. heybrahim.com a un llms.txt, un llms-full.txt, un profile.json et un serveur MCP à l’adresse api.heybrahim.com/mcp. Voici le chemin qu’un agent doit suivre pour trouver ce serveur :

Comment un agent trouve mon serveur MCP Un agent arrive sur heybrahim.com. Sa requête vers le fichier ai-catalog.json renvoie une 404. La page d’accueil n’affiche pas l’URL du serveur MCP, seulement de petits liens en pied de page. L’URL figure sur la page IA, dans les notes et dans llms.txt, chacun à un clic de la page d’accueil. Agent ai-catalog.json404, n’existe pas Accueilsans URL, liens du footer Page IA Notes llms.txt Serveur MCPapi.heybrahim.com/mcp à 2 clics
Mon propre site, vérifié le 27 septembre 2026. L’URL figure sur trois pages, et la page d’accueil n’en fait pas partie.

La page d’accueil, là où les agents arrivent vraiment, n’a que de petits liens en pied de page : llms.txt, profile.json et un lien intitulé « MCP » qui mène à une autre page. Aucun n’affiche l’URL, et profile.json ne la contient pas non plus. Le fichier qui la donne le plus clairement est justement celui que les agents sautent, d’après ses données.

$ curl -sI https://heybrahim.com/.well-known/ai-catalog.json | head -1
HTTP/2 404

La solution qu’il met en avant vise précisément cette 404. Il a présenté deux standards émergents qui s’empilent l’un sur l’autre.

Le premier standard, c’est /.well-known/ai-catalog.json : un seul fichier sur votre domaine qui liste tous vos points d’entrée pour agents, serveurs MCP, OpenAPI, GraphQL, A2A, peu importe. Un agent qui arrive sur votre domaine n’a pas besoin de lire votre doc pour trouver l’URL MCP.

Le catalogue suppose quand même que l’agent atteigne d’abord votre domaine, et aujourd’hui, ça passe par la recherche web. Agentic Resource Discovery (ARD) comble ce manque. C’est un standard pour les annuaires : l’agent demande « un service d’e-mail » à un registre, le registre classe ce qu’il connaît et désigne un domaine, puis le catalogue de ce domaine fait le reste. Son exemple, c’était l’annuaire de Stripe. Ora en tient un aussi, construit à partir des catalogues de 70 000 domaines scannés.

Deux standards, empilés Votre agent demande un service d’e-mail à un annuaire. L’annuaire, construit sur le standard Agentic Resource Discovery, classe les services et désigne un domaine. Le fichier /.well-known/ai-catalog.json de ce domaine liste ses points d’entrée pour agents : MCP, OpenAPI, GraphQL et A2A. Votre agent « Besoin d’un service mail » ARD annuaire Un annuaireclasse les services pour la tâche désigne un domaine service.example CATALOGUE un par domaine /.well-known/ai-catalog.jsonliste tous les points d’entrée agents MCP OpenAPI GraphQL A2A

ai-catalog.jsonAnthropicOpenAIGoogleMCP

ARDGoogleMicrosoftNVIDIAGoDaddySalesforce

L’annuaire trouve le domaine, le catalogue trouve les points d’entrée. Redessiné d’après la slide « Emerging standards » de Liad, avec les noms qu’elle affichait sous chaque standard.

Google a annoncé la spécification ARD avec des partenaires du secteur, et AWS a écrit sur sa prise en charge.

Mise à jour, le jour même : j’ai corrigé ma propre 404. heybrahim.com sert désormais /.well-known/ard.json, le chemin qu’utilise la spécification ARD depuis la v0.91, et garde ai-catalog.json sous l’ancien nom cité dans la conférence. Chaque page y renvoie avec rel="ard", robots.txt a une ligne Agentmap, et le pied de page affiche enfin l’URL MCP.

Où je me situe

Je ne pense pas que mon site disparaisse. Les gens lisent encore un portfolio. Mais j’ai construit le côté agents en devinant ce que veulent les agents, et tout l’argument de Liad, c’est d’arrêter de deviner et de les observer.

Deux de mes prochaines étapes sont déjà faites : le catalogue est publié et l’URL MCP est sur chaque page. Il reste celle par laquelle Liad commencerait : lancer de vrais parcours d’agents sur le site et voir quel chemin ils prennent.

Regardez le passage où il fait ce pari. Et si vous lancez votre agent sur heybrahim.com, dites-moi par quelle porte il est passé.

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